L'Hôtel des Horlogers/J’ai pris le temps de perdre mon temps dans la vallée de Joux

Dans la vallée de Joux, au cœur du Jura suisse, l’Hôtel des Horlogers cultive un luxe qui prend son temps. Ici, pas de bling ni de démonstration tapageuse. Plutôt une architecture singulière, une nature omniprésente et une certaine idée de l’élégance suisse : discrète, précise et profondément ancrée dans son territoire. Une adresse qui mérite largement le détour, même lorsqu’on n’a pas une passion dévorante pour les garde-temps.
Un zigzag dans le paysage
Signé par le bureau danois BIG (Bjarke Ingels Group), le bâtiment surprend par sa silhouette en zigzag qui épouse les courbes du paysage. Un clin d’œil au Chemin des Horlogers, ces itinéraires historiques empruntés par les artisans de la région. Mais cette architecture spectaculaire ne relève pas du simple exercice de style. Elle traduit aussi la volonté de la famille Audemars Piguet, propriétaire des lieux et profondément attachée à la vallée, de défendre une approche régénérative de l’architecture. Ici, il ne s’agit pas seulement de limiter son empreinte environnementale, mais de penser le bâtiment en dialogue avec son écosystème.
Zéro copié/collé
Côté décoration, le parti pris est tout aussi intéressant. Le décorateur a préféré éviter le piège d’une esthétique entièrement tournée vers les montres. Pas de cadrans géants ni de rouages en guise de papier peint. Les garde-temps s’invitent plutôt en filigrane, au détour d’un joli modèle repéré au poignet du directeur. Un homme sans cravate, sans bureau attitré et au plus près de ses équipes. Les montres sont évidemment la raison pour laquelle beaucoup de clients débarquent dans ce coin un peu perdu de Suisse. Mais ils repartent souvent conquis par bien d’autres choses.
Cinquante clés face à la nature
Les 50 chambres et suites offrent toutes une vue sur la forêt du Risoud et le clocher du Brassus, berceau de l’héritage horloger suisse. Un spectacle qui change au fil des heures et des saisons. Ici, on ne vient pas pour le bling. On vient pour l’ancrage. Randonnées, balades en VTT ou escapades au bord du lac de Joux : la nature est partout. Et je dois bien avouer que l’idée d’un plongeon dans ce lac me tente particulièrement. Une expérience que je me réserve pour une prochaine visite.
Piscine absente, nature omniprésente
Vous connaissez mon amour pour les piscines d’hôtel. Autant dire que l’absence de bassin aurait presque pu me faire verser une larme. Mais en Suisse, on semble tenir à ses principes : la durabilité fait partie des valeurs maison et les équipements superflus n’ont pas forcément leur place ici. On se console avec la nature et une salle de sport qui profite, elle aussi, d’une vue à tomber. Mention spéciale au spa Alpeor, la crème des cosmétiques de montagne. Son laboratoire est installé sur les hauteurs de Montreux et la marque travaille notamment avec ses propres plantes d’altitude. Une belle façon de prolonger l’expérience du territoire jusque dans les soins.
Des étoiles, certes. Mais surtout, un petit petit déjeuner
Je pourrais évidemment vous parler du Gogant, le restaurant, joliment baptisé en hommage à un sapin blanc de montagne, dont la carte est orchestrée par Emmanuel Renaut, chef triplement étoilé à Megève. Mais vous savez quoi ? J’ai plutôt envie de vous parler du petit déjeuner. Centré sur les produits de la région, il prend la forme d’un buffet frais, généreux et inspirant. Avec un détail qui mérite d’être souligné : rien n’est jeté après le service. Une gestion intelligente des quantités et des produits qui devrait donner quelques idées à d’autres établissements. Alléluia.
Mon verdict
L’Hôtel des Horlogers réussit un pari un peu fou : être l’hôtel de tous les horlogers, et pas seulement celui d’Audemars Piguet. Passionnés de montres, amateurs d’architecture, amoureux de nature et habitants du cru se retrouvent dans ce projet ultra abouti qui a su devenir un véritable lieu de vie. En bonus, on découvre une Suisse de carte postale, loin des clichés du luxe clinquant. Une Suisse qui ressource, apaise et finit par bouleverser par sa sincérité. Comme quoi, le vrai luxe n’est pas toujours une question de complications.

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